mardi
20
mars - 2007

Rouge

Revenant de Nantes, dans le train qui me ramène à Paris, après une journée de réunions. Terres inondées de printemps, fermes isolées. La campagne, pourtant si blanche à l'aube de ce matin, a verdi. Quelques ruminants solitaires y font repas paisible. Et puis le plafond se fait plus sombre, le ciel menace, chargé de cette pluie qui s'annonce et ne tombe jamais ou au contraire s'abat sans crier gare. Gare d'Angers, du Mans, la ligne s'égrène. Les toits d'ardoises défilent, s'effacent. De talus en fossés, le train qui joue à saute-ruisseau. Clôture après clôture, la Loire qui s'amenuise. Bientôt elle deviendra Seine. Scène de voyage ordinaire.

Mais déjà à l'ouest le ciel rougeoie, dans ce baroud d'honneur qu'il croit utile. Instinctif, je le sais, c'est là-bas que je voterai. Là où finit cette terre.

mardi
15
août - 2006

Étranger

La gare TGV d'Avignon, à l'architecture ultra-moderne. Compostage. Voie 4. Bise à L*** et merci pour tout. 14h01, le train est à l'heure. Un café et deux ou trois rêveries plus tard : Paris. Rue de Bercy, un coup d'oeil à l'horloge de la gare de Lyon pour vérifier qu'il est encore temps d'attraper un RER de l'autre côté de la Seine. Sur le pont, quelques gouttes s'essaient à grossir le fleuve et le sac à dos des rares piétons qui, comme moi, changent de rive, changent de gare. Retour au bercail.

Parisien au mois d'août, c'est vivre comme un étranger chez soi.

lundi
14
août - 2006

Sans résistance

Long week-end dans le Vaucluse chez la mère de L***. Soleil et léger mistral, petits bonheurs de parisien blafard en transit. A quelques kilomètres du Ventoux, terre aride, terre sous le ciel, phare de la région, visible de si loin qu'il attire le regard où que l'on soit. Le contraste est saisissant, une demi-poignée d'heures après avoir quitté Paris sous une bruine et une température automnales, d'entendre les pelouses jaunies craquer sous nos pieds, de voir un sol sec à s'en écarter par endroit, la gueule ouverte, comme en attente d'une hypothétique ondée qui ne viendra pas.

A la terrasse d'un café sur la place du village, protégé du soleil par Libération, je parcours des articles qui me jettent à la face un monde maussade auquel je suis devenu étranger. En deux heures de train, je suis ainsi passé de l'autre côté d'une barrière, celle de l'indifférence. Coupable repos à la misère terrestre, où le Liban n'est plus qu'un mot parmi d'autres dans le dictionnaire (coincé entre la neutre « liasse » et la malvenue « libation »), où la pauvreté, sous cette chaleur tranquille, n'a plus cours, où les vomissements destructeurs des usines chimiques me semblent de peu de gravité, où les fous de Dieu n'imaginent même pas venir. Pour quelques jours, je ne lutte plus, ne m'oppose plus, ne défend plus ni veuve ni orphelin, ni cousin (même éloigné) de ces deux-là. Je me laisse aller, sans résistance, anesthésié, sous le choc de la quiétude. Puma devenu grillon au baiser du sud. Maintenant je le sais : les révolutions ne peuvent naître qu'au nord d'une ligne allant de Nantes à Metz.

Tiens, à propos... ces deux villes encadrent Jean Moulin dans le dictionnaire. J'y repenserai à mon retour... peut-être.